3 questions à Victor Norek
Créateur de la chaîne Le CinématoGrapheur et critique
Qu’est-ce que tu aimes dans le fait d’analyser les films ?
J’aime le fait de traiter un film comme une œuvre d’art, non comme un produit de consommation à voir et à jeter, mais comme un objet pensé et fait par un ou plusieurs artistes, qui y ont insufflé leur point de vue sur le monde ou sur une situation très particulière. J’aime replacer le film dans son contexte, dans son époque pour comprendre ce qu’il en dit, dans l’œuvre de son cinéaste pour voir comment il en diffère. J’aime cet aspect caméléon que je dois prendre, en essayant, non pas de calquer une grille de lecture qui pourrait servir un peu partout, mais recommencer de zéro à chaque fois pour comprendre comment cette personne-là voit le cinéma et utilise son langage. C’est passionnant parce que ça me permet aussi de découvrir énormément de choses (même si c’est beaucoup de travail).
L’histoire du cinéma est pleine de métamorphoses. Quelle est celle qui t’a le plus marqué ?
L’histoire des formes est un de mes grands dadas, j’aime quand les cinéastes se mettent à expérimenter avec de nouvelles techniques, inventent de nouvelles façons de raconter des histoires, et je pense que la période 90-2000, avec la naissance des images de synthèse, la façon dont Hollywood s’est mis à intégrer le cinéma européen et asiatique, en faisant venir des cinéastes, des chefs opérateurs, des musiciens, venus d’Eurasie, tout cela a permis une liberté formelle qui s’était estompée dans les années 80. Avec le tournant de l’an 2000 puis le 11 septembre, le cinéma s’est aussi remis à être plus sombre, ce qui n’est pas non plus pour me déplaire. Mais oui, le travail formel de John McTiernan, de Kathryn Bigelow, des sœurs Watchowski, de James Cameron, de Steven Spielberg, de Tony Scott, de Michael Bay pour ne citer qu’eux aux États-Unis, sans compter John Woo ou Tsui Hark en Chine ou Hayao Miyazaki au Japon dans l’animation (qui bouleverse l’animation traditionnelle pour y intégrer des éléments de 3D, mais toujours de façon thématique), c’est peut-être les expérimentateurs qui me plaisent le plus.
Quel monstre te terrifie ?
Dans la réalité, c’est certainement parce que mon père aveyronnais me racontait l’histoire de la bête du Gévaudan, mais je suis absolument incapable de marcher seul dans un bois la nuit, je sais que c’est une peur absurde, mais ça me glace les sangs. Au cinéma c’est différent, je pense que mes premières grandes frayeurs, qui m’ont empêché de dormir pendant des jours (outre le juge Demort de Roger Rabbit quand j’étais tout petit), c’est la découverte des Onryo, les histoires de fantômes asiatiques, de Ring à Deux sœurs, aucun autre genre de film n’a pu reproduire cette terreur absolue ressentie lorsque Sadako sort de l’écran de télévision. Mon frère s’en veut encore de m’avoir montré ça alors que j’avais 10 ans.
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