3 questions à Judith Beauvallet
Journaliste cinéma, créatrice et vidéaste de la chaîne Demoiselles d’horreur
Cinéma de genre, luttes féministes et résilience : Judith Beauvallet répond aux questions de l’équipe et nous explique en quoi le cinéma d’horreur raconte le monde… bien plus que nous ne l’imaginons.
La science-fiction a-t-elle un rôle à jouer dans les luttes féministes ?
Bien sûr. La science-fiction, c’est l’ouverture infinie du champ des possibles, la promesse de se projeter dans tous les univers imaginables. À partir de là, c’est le terrain de jeu parfait pour rêver et proposer des modèles favorables à l’égalité et donc aux femmes.
Tout comme dans le cinéma de genre en général, non seulement la science-fiction permet aux femmes de s’extraire des rôles qu’on leur attribue habituellement pour devenir des combattantes, des créatures monstrueuses, des révolutionnaires de l’espace et tout ce qu’on voudra d’autre, mais elle permet aussi de s’éloigner de notre réalité pour prendre du recul sur celle-ci et mieux l’analyser et la critiquer. Si on veut bien la voir et l’utiliser comme telle, la science-fiction est un formidable outil de libération, aussi bien créative que politique.
Qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans le cinéma d’horreur ?
Le cinéma d’horreur est celui qui nous parle de choses fondamentales mais dont personne ne veut parler. Nos traumatismes, nos peurs, nos passions, et toutes ces choses qu’on nous dit de cacher au quotidien mais qui font tourner le monde (pour le meilleur et pour le pire). La licence horrifique et toutes les métaphores qu’elle permet sont une façon pour nous de mieux comprendre et de mieux appréhender nos vies, c’est à la fois un recul et un miroir grossissant qui explicite les choses au travers d’une certaine poésie, si macabre soit-elle.
Les films d’horreur sont souvent méprisés pour leur volonté de faire peur ou de déranger, comme si cette intention était basse et vulgaire, alors que la peur est une émotion très puissante qui peut nous apprendre beaucoup de choses sur nous-mêmes, et qui est toujours un potentiel départ de réflexion.
Qu’est ce que la résilience pour toi ?
La résilience est ce à quoi nous tendons toutes et tous, une sorte de but ultime, mais qui est aussi souvent une injonction qu’on ne peut pas forcément satisfaire.
C’est un accomplissement long, complexe, difficile, dans lequel l’art joue un rôle crucial, parce qu’il est bien souvent le medium de nos émotions et ce qui nous permet de les canaliser. La résilience peut être une très belle chose, mais pour le rester, elle ne devrait ni être une obligation, ni une finalité en soi.